Allaitement : entre motivation, difficultés… et physiologie
L’OMS recommande un allaitement exclusif pendant 6 mois. Merci l’OMS… on fait comme on peut 😏
Dans la vraie vie, en France :
- environ 70 % des femmes débutent un allaitement à la naissance ;
- à 6 semaines, elles ne sont déjà plus que 40 % ;
- à 3 mois, environ 30 % ;
- et à 6 mois… à peine 20 % (et moins de 10 % en exclusif).
Autrement dit : on commence nombreuses… mais on arrête très vite, surtout dans les trois premiers mois. Et ce n’est pas un hasard. On décide d’allaiter… mais pas de sa lactation.
Les professionnels de santé ont beaucoup appris à déculpabiliser les femmes. « Faites comme vous le sentez », « écoutez-vous », « faites-vous confiance ». Et ils ont raison. Mais même si c’est bien intentionné… c’est aussi insuffisant. Allaiter est une décision. Mais la lactation est un processus physiologique. Et ce processus demande du temps. Il ne suffit pas de faire « comme on le sent ». Il faut d’abord faire « comme il faut ».
La stimulation répétée est la clé de la mise en place de la lactation. Plus bébé est au sein, plus il stimule, plus la lactation s’installe.
Les 6 premières semaines : la période clé
Il faut environ 6 semaines pour installer une lactation stable. Et pendant ces 6 semaines, il y a des « crises » :
- J3 : montée de lait
- J10 : chute hormonale
- J21 : pic de croissance
- 6 semaines : nouveau pic + stabilisation
À chacune de ces crises, beaucoup de femmes arrêtent. Pas parce qu’elles n’y arrivent pas, mais parce qu’on ne leur a pas expliqué que ces « crises » sont en fait des étapes, qu’elles sont normales, et explicables.
« À la demande »… mais ça veut dire quoi ?
À la maternité, on vous dit « allaitez à la demande ». Très bien. Mais concrètement : et s’il ne demande pas ? Et s’il demande toutes les 5 minutes ? Et si je ne comprends pas ? C’est quoi, une « demande » ?
Vous venez d’accoucher. Vous êtes fatiguée, douloureuse, perdue, et il faut interpréter un langage que vous ne connaissez pas encore. Le pleur du nourrisson est son seul langage. L’adulte — le plus souvent sa mère — y répond. Le pleur ne veut pas forcément dire « douleur » ou « stress ». Il exprime un besoin, il permet de formuler une demande.
Pleur = demande. « À la demande » = dès qu’il pleure. Pour les matheuses 🙃 : pleur = demande = sein.
LA règle simple (et vitale), ou plutôt LE réflexe des débuts pendant la montée de la lactation : pendant les 6 premières semaines, quand bébé pleure, il faut lui proposer le sein. Pourquoi ? Parce que pleur = demande = sein. Qu’il pleure toutes les 4 heures ou toutes les 10 minutes, la logique reste la même : plus il stimule, plus vous produirez.
Il est évident que chaque pleur n’est pas de la faim — j’y reviens plus bas avec les 4 questions essentielles à se poser en cas de pleurs. Mais dans tous les cas, pendant les 6 premières semaines, le premier réflexe en cas de pleurs doit être la mise au sein.
Ce qui est normal (mais fait souvent arrêter)
Vers J10 : la chute hormonale.
- Moins d’hormones → production qui baisse (normal)
- Bébé boit moins → il réclame plus (normal)
- Maman doute → stress
- Introduction de compléments → moins de stimulation → baisse de lactation → arrêt de l’allaitement
Alors que la réponse physiologique est souvent : proposer plus souvent le sein.
Vers 3 semaines : le pic de croissance
- Bébé grandit → les besoins augmentent
- Il demande plus donc il pleure plus
- Maman ne comprend pas et pense ne plus avoir assez de lait
Et pourtant on reste bien dans le même schéma : pleur = demande = sein. Que bébé pleure plus ne change rien à l’équation. Il faut simplement le mettre au sein plus souvent, et le corps va s’adapter. Même chose à 6 semaines. Ces « crises » sont normales et surtout : elles sont transitoires (24 à 48h le plus souvent, le temps que la lactation s’ajuste aux nouvelles demandes).
À retenir absolument : plus bébé stimule, plus le corps produit ; les phases de « crise » sont normales ; le premier réflexe doit être de proposer le sein.
Après 6 semaines : ça devient plus simple
À partir de 6 semaines, le système change : on passe d’un fonctionnement en remplissage (montée de lait) / vidange (bébé boit) à une production à la demande, en fonction des besoins du nourrisson. De manière naturelle, les seins deviennent plus souples. Beaucoup de femmes pensent à tort ne plus avoir de lait, alors que c’est exactement l’inverse : tout va bien, au contraire ! Le corps s’adapte désormais parfaitement aux besoins de l’enfant : si bébé a besoin de 700 ml par jour, le corps produit 700 ml ; si c’est 1000 ml par jour, il produit 1000 ml. C’est là que l’allaitement devient vraiment fluide.
Et le mixte dans tout ça ?
Avec mon regard de professionnelle (et de maman), dans beaucoup de cas, introduire des compléments trop tôt peut fragiliser la mise en place de la lactation.
Mon expérience
À J12, en pleine chute hormonale, mon bébé s’est mise à réclamer en continu. Je ne comprenais pas. J’ai introduit une tétine pour la calmer. Du coup elle ne se nourrissait pas assez. Elle a arrêté de prendre du poids, donc j’ai intégré les biberons. J’ai cherché, compris… mais trop tard. Je n’ai jamais pu revenir en arrière. Rien n’y a fait, ni les tisanes ni le tire-lait toutes les 3 heures (y compris la nuit !).
À 3 mois, mon allaitement était quasiment terminé. Et pourtant je ne suis pas triste. J’ai gardé les tétées « plaisir » jusqu’à 8 mois — celles du matin, celles pour rassurer — mais ce n’était plus nutritif. Et je reste convaincue que, mieux informée, j’aurais fait autrement.
Ce que j’aurais aimé qu’on me dise
- l’allaitement, ça s’apprend ;
- ça peut être difficile ;
- c’est instable pendant un certain temps, même si on croit que tout roule.
Aujourd’hui, j’explique ces 6 semaines aux femmes enceintes et aux jeunes mamans que j’accompagne.
La réalité en France : à 3 mois, seulement 30 % des bébés sont encore allaités. Pas par manque d’envie, mais souvent par manque d’informations claires.
Petit point « pro de santé »
La montée de lait à J3 : douleurs, crevasses… si l’allaitement ne fonctionne pas, il n’y a ni mauvais lait, ni mauvais seins — il n’y a que des mauvais « téteurs » ☺️. Et parfois : un frein de langue, une succion inefficace, des tensions (mâchoire, cervicales…). Et ça, ça se corrige : pédiatre, ORL, ostéopathe, kiné. Consultez tôt.
Comme promis : les 4 questions essentielles qui règlent 99 % des problèmes quand bébé pleure
- a-t-il faim ou soif ?
- a-t-il besoin d’être changé ?
- a-t-il chaud ou froid ?
- a-t-il sommeil ?
Ça couvre 99 % des cas. « Quand ma fille était tout bébé, je ne comprenais pas pourquoi elle hurlait dans la poussette. Elle est née en hiver, je la couvrais. Bien. Trop. Un jour, en partant de chez ma sage-femme, j’ai oublié à son cabinet l’énorme couverture en polaire dans laquelle je l’emmitouflais. Elle n’avait plus « que » son nid d’ange par-dessus son pyjama. Elle a gazouillé pendant tout le trajet… et j’ai compris 🙄 »
Aucune maman ne fait « mal » ou « bien ». Elle découvre au fur et à mesure, et entre-temps, elle fait comme elle peut ❤️