Le trouble anxieux du post-partum
Aujourd’hui, on parle beaucoup de la dépression du post-partum — et c’est une très bonne chose.
Les professionnels de santé ont pris la mesure de sa fréquence et de sa gravité. Ils savent mieux repérer les signes, accompagner et orienter les mères.
Mais il existe un autre trouble, beaucoup moins connu, largement sous-évalué, et pourtant tout aussi envahissant :
le trouble anxieux du post-partum.
Mon expérience
Je rentre de la maternité, je mets en place ce que j’y ai appris. Tout à l’air de se passer bien, mais un jour, je réalise que ma tête est remplie de pensées de mort concernant mon bébé.
Je descends les escaliers avec elle dans les bras et j’image tomber et l’écraser dans ma chute.
Si je croise quelqu’un promenant son chien dans la rue, et je vois le chien se jeter sur la poussette et dévorer mon bébé.
Ces pensées deviennent intrusives, incontrôlables, et totalement irrationnelles.
Je sais bien qu’il y a un problème psychologique, mais je ne me reconnais pas dans la dépression du post-partum :
pas de tristesse profonde, pas d’épuisement psychique.
C’est mon médecin généraliste qui pose les mots : le trouble anxieux du post-partum.
Qu’est-ce que c’est ?
Le trouble anxieux du post-partum correspond à une anxiété intense qui apparaît après la naissance d’un bébé.
Contrairement à la dépression, il est souvent moins visible… mais tout aussi envahissant.
Il est important de le diagnostiquer tôt car il peut augmenter le risque de développer plus tard une dépression du post-partum.
À quoi ça ressemble concrètement ?
Ce n’est pas “juste s’inquiéter pour son bébé”.
C’est une anxiété
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intense
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persistante
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envahissante
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difficile à contrôler
Elle peut se manifester par :
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des pensées incessantes (“et s’il lui arrivait quelque chose ?”)
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un besoin de vérifier en permanence (respiration, position…)
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des difficultés à dormir, même quand le bébé dort
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une tension constante, un état d’alerte permanent
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la peur de mal faire, de ne pas être à la hauteur
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une difficulté à se concentrer, à rester en place
Parfois, il y a aussi des images ou pensées intrusives, qui effraient les parents eux-mêmes.
Je me suis reconnue dans chacun de ces éléments.
Pourquoi on passe à côté
Beaucoup de parents ne consultent pas, parce qu’ils pensent que :
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“c’est normal d’être inquiet pour son bébé”
-
“ça fait partie du rôle de parent”
Oui, l’inquiétude est normale.
Mais quand elle prend toute la place, ce n’est plus de la vigilance — c’est de la souffrance.
Les causes possibles
Il n’y a pas une seule cause, mais un ensemble de facteurs :
Facteurs internes
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terrain anxieux
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vécu de grossesse difficile
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antécédents
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Facteurs physiologiques
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fatigue
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manque de sommeil
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bouleversement hormonal
Les angoisses induites
Je voudrais m’arrêter sur un sujet qui m’a traumatisée: la mort subite du nourrisson.
Cette peur est omniprésente. On nous la transmet dès les cours de préparation à la naissance
Mon métier ne m’a pas préservée : j’ai été confrontée à deux cas de mort subite dans ma patientèle.
Oui, les recommandations sont importantes et on les comprend.
Mais parfois, la répétition constante de ces messages, couplée à la fatigue, aux bouleversements hormonaux, alimente l’angoisse.
Je me souviens qu’un matin, vers ses 5 mois, j’ai retrouvé ma fille sur le ventre dans son lit. Tout était évidemment normal. C’est l’âge auquel le bébé est capable de le faire.
Pour moi ça a été la panique immédiate.
J’ai couru acheter un système de caméras infrarouges, et je passais mes nuits à la surveiller.
Et quand je ne voyais pas bien, j’allais dans sa chambre m’assurer qu’elle respirait.
Loin de calmer mes inquiétudes, je nourrissais mon angoisse sans m’en rendre compte.
La pression du quotidien
J’avais l’impression que si ma maison était parfaitement organisée, alors ma vie le serait aussi.
Après une journée seule avec mon bébé, quand mon mari rentrait, je passais mes soirées à ranger la maison. Mais l’angoisse ne se range pas dans un placard.
Cette pression constante a été un véritable catalyseur.
Le poids de la responsabilité
Que s’était-il passé? Pourquoi, en quelques semaines ma vie n’était devenue que stress, peur panique et tétanie?
Avec le recul, je crois avoir identifié LE moment clé :
Quelques jours après sa naissance, nous sommes sortis nous promener. J’ai pris mon bébé pour la première fois en porte bébé. Il faisait froid, elle était contre moi, sous mon manteau.
À un moment, j’ai baissé les yeux vers elle. Elle me regardait. Elle était minuscule, fragile.
Et d’un coup, le choc : sa survie dépendait de moi.
Pas en théorie. En vrai.
Je me suis sentie assommée, écrasée par le poids de cette responsabilité.
Comment je m’en suis sortie
Le travail psychologique a été déterminant.
Sans “donner de solution toute faite”, il permet de :
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mettre des mots
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comprendre les mécanismes
-
prendre du recul
Avec le temps, ce sentiment s’est apaisé, même s’il reste encore présent par moments.
À celles et ceux qui se reconnaissent
Ça se traite. Consultez. Allez voir un professionnel, idéalement spécialisé en périnatalité.
Parlez. Mettez des mots sur vos angoisses.
Vous n’êtes pas seuls.